Notre fille Gabrielle a entrepris une nouvelle aventure à laquelle nous avons accepté de participer : elle a adopté un joli perroquet tout vert, de sexe féminin nous a-t-on dit, la dénommée Princesse. Notre participation est effective dans la mesure où nous avons accepté de la garder aussi souvent que notre fille part pour des stages et autres aventures où Princesse ne peut l’accompagner, ce qui s’avère assez fréquent.

Nous découvrons donc la vie avec un oiseau vert. Timide au début, elle a vite pris sa place dans la maison, et installée dans ou sur sa cage, elle vocalise avec nous. Et elle nous a gratifié d’un mot : Coucou. Elle le dit avec une douceur surprenante, mais parfois elle l’adresse à son jouet suspendu dans la cage, pour l’attaquer soudainement l’instant d’après. Toutefois coucou est un vrai mot, qu’elle sait très bien utiliser.

Mais cette histoire de langage, l’intention d’enseigner des mots à Princesse, nous est vite apparu totalement secondaire. On peut imaginer que des mots comme « cacahouète », « ça va » rentrent vite dans son vocabulaire. Mais finalement, c’est d’un intérêt assez limité. Ce qui pour l’instant nous fascine est de l’ordre de la découverte de cette petite conscience d’oiseau, le décryptage de ses comportements. Apprendre à « parler perroquet » est bien plus intéressant que lui apprendre quelques mots d’humains. La relation est à bâtir sur une terre totalement étrangère, car aucun d’entre nous n’a la moindre expérience du comportement d’un perroquet de l’Amazonie*. Chaque observation nous permet d’avancer sur ce terrain, essayant de comprendre tout en nous méfiant de nos projections d’humains.

Mais voilà, nous sommes tous rassemblés à table après une journée bien chargée en bricolage ; d’habitude pendant les repas, Princesse jacasse à peu près au même niveau que nos propres conversations, rires et éclats de voix, mais là l’oiseau, sans doute fatiguée de nous avoir vu nous agiter toute l’après-midi, tourne sa tête pour la poser sur son dos, entre ses deux ailes, enfouit sa tête dans ses plumes, et se met à se parler tout doucement, un long chapelet de coucous et roucoulades jusqu’à s’endormir. Et qu’avons-nous fait ? attendris, nous avons baissé la voix, pour la laisser se reposer.

Etrange apprentissage, que d’observer un monde inconnu, au travers de nos immanquables projections d’humains. Nous avançons avec précaution, en plein apprentissage. Certes l’anthropomorphisme est un piège à éviter, mais nous observons et tentons de comprendre ce que nous observons au travers du cadre de référence de nos propres comportements, et c’est bien difficile de faire autrement.

Pouvons-nous à la fois être conscients de ce qui nous unit aux autres êtres, et de la différence qui régit nos mondes ? C’est vite évident avec un oiseau, mais n’est-ce pas la même chose entre humains ? Pouvons-nous fonder notre compréhension sur notre socle commun, tout en observant et respectant de qui fait l’originalité de chacun, de chaque culture ? G.B. Shaw l’exprimait dans ces mots pleins d’humour :

« La règle d’or devrait être revue ainsi : ne faîtes pas aux autres ce que vous aimeriez qu’ils vous fassent. Leurs goûts peuvent être différents »

Si vous souhaitez rencontrer Princesse, venez cet été,

elle sera là pendant toute la saison, avec ou sans Gabrielle.

* l’Amazonie n’est qu’une lointaine origine, car rassurez-vous Princesse est issue d’un élevage français, ces oiseaux étant en principe bien protégés de nos jours.

Un commentaire pour “Bienvenue Princesse, et tous les apprentissages qui t’accompagnent…”

  1. Anne dit :

    une mise à jour s’impose ! un sexage ADN révèle que l’oiseau est en fait un petit gars. Du coup nous l’avons appelé Petit Prince, mais il est possible que ce nom évolue en fonction du caractère qu’il nous révèle… à ce stade, je serais personnellement plus favorable à Popeye, au vu de ses petits muscles d’athlète et son caractère quelque peu belliqueux. A moins que nous ne nous arrêtions sur Capitaine Haddock, car il lui arrive de me lancer des bordées d’invectives, dont le contenu exact reste assez mystérieux, bien que l’intention soit très claire : vous me sortez, mille milliards de mille sabords de tonnerre de Brest ! Affaire à suivre !

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